GINOT Christelle

2026 - Cultiver une graminée pérenne comme céréale (Thinopyrum intermedium) : le défi persistant d’aligner le comportement de la plante et les usages des agriculteurs. 2026 - Growing a perennial grass (Thinopyrum intermedium) as a grain crop : the persistent challenge of aligning plant behavior and farmers' uses

 L'agropyre intermédiaire (Thinopyrum intermedium) est une graminée pérenne actuellement domestiquée pour en faire une céréale pérenne dont le grain serait destiné à la consommation humaine. Agriculteurs et chercheurs intéressés par cette espèce espèrent générer plusieurs productions commercialisables (grains, fourrage, biomasse), ainsi qu'une diversité de services écosystémiques. Cependant, les premiers essais en plein champ ont montré que la gestion céréalière de l'agropyre est difficile et incertaine. Son comportement végétatif et reproductif est très différent de celui d'une céréale annuelle, faisant de sa culture céréalière une ambition agronomique où ce qui est biologiquement possible est incertain, et ce qui est socialement satisfaisant encore à construire.Cette thèse s’appuie sur un cadrage théorique original pour penser Th. intermedium comme objet d’innovation et appréhender son passage de ‘plante sauvage’ à ‘culture socialisée’. Ce processus se traduit par la construction progressive d’un cadre ‘socio-eco-technique’ autour de l’agropyre, qui justifie l’exploration symétrique du comportement de la plante et des usages attendus par les agriculteurs.Du point de vue de la plante, ce travail s’intéresse à l’équilibre entre croissance végétative et reproductive, ainsi qu'au lien entre performances individuelles de la plante et performances observées à l’échelle du peuplement. Une expérimentation en plein champ a permis de tester la réponse de l’agropyre à la densification du peuplement, pratique centrale de la mise en culture d’une nouvelle espèce. Sur deux ans et demi de culture, les résultats ont mis en évidence la plasticité du phénotype de l’agropyre pour occuper l'espace. Ils montrent que des couverts fermés présentant des biomasses similaires peuvent masquer des phénotypes de plantes très contrastés, et que la taille des plantes est déterminante pour la proportion de ressources allouées à la reproduction. De plus, un essai en conditions semi-contrôlées a permis d’observer plus finement la plasticité du tallage en réponse aux conditions lumineuses, en s’appuyant sur une comparaison entre l’agropyre et le blé tendre. Les résultats montrent les effets de la qualité de la lumière sur la croissance des bourgeons axillaires, ainsi que la différence de dynamique de tallage entre l'agropyre et le blé.Concernant les usages, des entretiens semi-directifs ont été menés, en France et aux Etats-Unis, avec des agriculteurs ayant testé ou produisant de l'agropyre afin de mieux comprendre les intérêts et les usages attendus de cette culture pérenne. Le lien entre les usages et les pratiques culturales a également été étudié à travers la réalisation de prototypes d'itinéraires techniques en France. Les résultats montrent que la culture de l’agropyre est empreinte d’un imaginaire riche d’usages potentiels qui sont directement liés aux visions, pratiques et contraintes de chaque agriculteur. Au-delà des productions et des bénéfices agronomiques attendus à l’échelle de la ferme, la culture de l’agropyre s’inscrit dans une réflexion plus large des agriculteurs sur les fonctions de l’agriculture et leur rôle dans la société. Ceci fait de l’agropyre une culture parfois ostensiblement politique, suggérant des correspondances entre des intentions sociales non-commerciales et la matérialité particulière des plantes pérennes.Pour finir, la discussion générale de la thèse rassemble les aspects importants des usages des agriculteurs et du comportement de la plante afin de mettre en lumière la confrontation d’un imaginaire avec une réalité socio-technique et biologique. Cela permet d’identifier les opportunités et contraintes associées à la mise en culture de l’agropyre intermédiaire. Elle interroge enfin l’intérêt d’adopter une approche relationnelle pour étudier l’adoption d’une culture mineure, en tant que phénomène interactif où l’agriculteur et la plante ne sont pas des entités strictement distinctes.

 

Intermediate wheatgrass (Thinopyrum intermedium) is a perennial grass that is being domesticated to create a perennial grain crop intended for human consumption. Farmers and researchers interested in this species hope to generate several marketable products (grain, fodder and biomass), as well as a variety of ecosystem services. However, field trials have shown that managing intermediate wheatgrass as a grain crop is difficult and uncertain. Its vegetative and reproductive behavior is very different from that of an annual grain, making its grain-cropping cultivation an agronomic ambition where what is biologically possible is uncertain, and what is socially satisfying still needs to be established.This thesis draws on an original theoretical framework to examine Th. intermedium as an object of innovation and understand its transition from ‘wild plant' to ‘socialized crop'. This process is reflected in the gradual construction of a ‘socio-eco-technical' frame around intermediate wheatgrass, justifying the symmetric exploration of the behavior of the plant and the social uses by farmers.From the plant's perspective, the study focused on the balance between vegetative and reproductive growth, and on the link between individual plant fitness and performances observed at the stand level. A field experiment enabled to test the response of intermediate wheatgrass to stand densification, a key practice in the cultivation of a new species. During two and a half years, the results highlighted the plasticity of the IWG phenotype in occupying space. They showed that closed canopies with similar biomass can conceal highly contrasting plant phenotypes, whose plant size is decisive for the proportion of resources allocated to reproduction. In addition, a second trial was conducted under semi-controlled conditions to enable a more detailed observation of tillering plasticity in response to light conditions, comparing intermediate wheatgrass with winter wheat. The results highlighted the effects of light quality on the outgrowth of axillary buds, as well as the differences in tillering dynamics between intermediate wheatgrass and wheat.In terms of uses, semi-structured interviews were conducted in France and the United States with farmers who had tested or were producing intermediate wheatgrass in order to better understand their interests in, and expected uses of this perennial crop. The link between uses and farming practices was also examined through the co-design of crop management prototypes in France. The results show that intermediate wheatgrass cultivation is imbued with a rich imaginary of potential uses, which are directly linked to the visions, practices, and constraints of each farmer. Beyond the agricultural products and agronomic benefits expected at the farm level, the cultivation of intermediate wheatgrass reflects farmers' broader consideration of the functions of agriculture and of their role in society. This makes intermediate wheatgrass a sometimes ostensibly political crop, suggesting correspondences between non-commercial social intentions and the particular materiality of perennial plants.Finally, the thesis' general discussion brings together the important aspects of farmers' uses and plant behavior in order to highlight the confrontation of an imaginary with a socio-technical and biological reality. The discussion identifies the opportunities and constraints associated with the cultivation of intermediate wheatgrass. It eventually questions the value of adopting a relational approach to studying the adoption of a minor crop, as an interactive phenomenon in which farmers and plants are not strictly distinct entities.

Ma Thèse 
Equipe IPM